samedi 22 juillet 2017

Face au harcèlement, une éthique de la parole

L’auteur de cette communication ne peut se prévaloir d’aucune connaissance "scientifique", ni d'aucun savoir spécifique concernant le phénomène du harcèlement. En revanche, en tant que professeur et donc, nécessairement, éducateur, nous avons maintes fois été confronté à des actes de harcèlement impliquant des élèves ou des étudiants. Nous avons pu en mesurer la gravité et les conséquences sur les victimes, aussi bien que la difficulté d’y répondre par des mesures coercitives et surtout préventives, ciblées et efficaces. Par ailleurs nous savons bien que le poison du harcèlement ne touche pas seulement les milieux scolaires et la jeunesse : il concerne tous les milieux sociaux ainsi que tous les âges.
Nous partirons du principe que le harcèlement dit "moral" est avant tout une agression, ou plutôt une persécution typiquement verbale, mettant en oeuvre une véritable perversion du discours. Dans la perspective éducative qui est la nôtre, voire dans une visée plus largement éthique, la question "que faire face au harcèlement ?" se mue décisivement en celle-ci : "comment y répondre ?" N’est-ce pas précisément la dimension du langage, plus précisément de la parole, qu’il convient de mettre en avant ? Que dire, comment dire, comment ne pas laisser dire ? Si le problème est d'ordre langagier, la solution doit l'être également.
Notre exposé s’articulera en trois temps et selon trois points de vue.
La première partie suggère que le harcèlement est devenu un phénomène général à notre époque, un vrai problème de société.
La seconde insiste plutôt sur le fait que nous avons affaire à des actes singuliers, impliquant des individus dotés d’une psychologie particulière, individus qu’il est important de responsabiliser, d’éduquer, voire dans certains cas de traiter, et en tout premier lieu d'écouter (même et surtout s'ils estiment n'avoir rien à en dire). Nous avancerons – prudemment – le concept de perversion pour tenter de définir ce qui constitue le cœur ou la structure de ce comportement.
La troisième pointe donc que le harcèlement - dit « moral » - est un phénomène essentiellement verbal. Ce « ne sont que » des paroles (la plupart du temps), mais des paroles extrêmement blessantes et même meurtrières, par leur insistance, provoquant une pression psychologique dévastatrice sur les victimes. Paroles qui n’en sont pas moins des actes. Paradoxalement c’est aussi un phénomène qui est tu malheureusement, qui ne se dit pas.
C’est pourquoi, spécifiquement, il s’agirait de réfléchir à un usage éthique de la parole pour contrer cet usage pervers du langage que constitue le harcèlement. (lire la suite)