lundi 10 février 2014

Le retour de la jouissance

Partons de la distinction freudienne entre pulsion de vie et pulsion de mort, et à un autre niveau, de l’opposition plaisir/jouissance. Il y a bien une première forme de répétition repérable au niveau de l’exigence de satisfaction, propre au principe de plaisir en tant que, nous dit Freud, principe de moindre tension. C’est tout simplement la loi de la vie et de la subsistance qui ordonne une série de cycles, de renouvellements, orientés d’ailleurs non exclusivement vers le plaisir “brut” mais aussi vers une bonne “dose” de réalité, nécessaire au maintien de la vie. L’instinct de mort, sur quoi fait fonds toute jouissance, contrecarre et déborde ce dosage en instituant une répétition qui n’est plus seulement renouvellement, retour à la vie, mais bien répétition pure et retour à l’inanimé. De sorte que “ce que le principe du plaisir maintient, c’est la limite quant à la jouissance”. Comme le dit encore Lacan, “la répétition est fondée sur un retour de la jouissance” : la jouissance n’est évidemment pas l’état lui-même d’inanimé, ni le principe pur du retour, mais ce qui se produit ou plutôt ce qui recherché à l’occasion de ce retour. Ce qui se produit n’est rien d’autre qu’une perte, perte de l’objet, déperdition de jouissance à l’origine de laquelle se trouve la marque signifiante, le signifiant sous la forme originelle du trait unaire. Là réside le principe même de la répétition, et donc de la perte, puisqu’un sujet cherche à s’inscrire dans la chaîne signifiante et n’y parvient qu’à renoncer à un quantum de jouissance ou d’être originel, autrement dit à se diviser et à se séparer. Le statut de la jouissance, par rapport à la répétition signifiante, à traduire comme pulsion de mort, apparaît donc double: d’une part elle s’y définit comme perdue, sacrifiée sur l’autel du signifiant et du sujet comme sujet du signifiant, d’autre part elle est causée et rendue possible par ce même signifiant puisque son champ n’est autre que celui, infini, du savoir comme répétition d’un trait. Non seulement il y a une jouissance mais un savoir (inconscient) de la jouissance. La répétition est le principe à la fois de la jouissance et de la perte de jouissance, autrement dit de la jouissance comme perdue.