jeudi 4 juillet 2013

L'incontournable jouissance phallique

Dans "Subversion du sujet et dialectique du désir" (Ecrits, p. 822), on peut lire : "c’est ainsi que l’organe érectile vient à symboliser la place de la jouissance, non pas en tant que lui-même, ni même en tant qu’image, mais en tant que partie manquante à l’image désirée (...)." C’est en tant que symbole, proprement en tant qu’accès au registre symbolique que le phallus parvient à manquer à l’image. On n’insistera pas ici sur la valeur de sacrifice que prend la reconnaissance de ce symbole, reconnaissance plus connue sous le nom de castration. Tâchons seulement de mesurer le champ de jouissance que la symbolicité du phallus détermine directement. 
Il est requis, au préalable, de rappeler la tripartition en vigueur chez les plupart des théoriciens entre jouissance de l’Autre (ou de l’être), jouissance phallique, et jouissance supplémentaire (dite encore jouissance féminine ou autre jouissance). Entre les deux premières jouissances se situe le fait majeur du refoulement, contemporain du langage, qui biffe l’être ou plutôt détermine l’humain comme “parlêtre” : ce qui correspond ainsi à l’événement du langage constitue la castration réelle de l’homme. Mais il y a aussi, largement commentée par Freud, l’“angoisse de castration”, où dans un premier temps le sujet est lui-même le phallus offert à la jouissance d’un grand Autre maternel, pressenti à la fois comme manquant et comme tout puissant, d’où l’angoisse ; dans un second temps seulement survient la crainte de “perdre” son pénis, confisqué cette fois par l’Autre paternel, ce qui suppose qu’on soit passé de l’être à l’avoir, du réel à l’imaginaire. Enfin le troisième aspect de la castration, la castration symbolique, fait naître véritablement le “sujet” en ce que celui-ci doit justement renoncer à la jouissance absolue de l’Autre au profit d’une jouissance médiée par la parole. Par analogie avec ces trois phases de la castration l’on peut établir maintenant trois sortes de jouissance phallique, absolument contemporaines entre elles : la jouissance sexuelle, la jouissance du symptôme (pulsion) et la jouissance de la parole. Contemporaines et compatibles puisque bien entendu l'activité sexuelle, débridée ou non, n’empêche nullement d’avoir des symptômes et, dans tous les cas, pour le parlêtre, la jouissance de la parole est un préalable à tout autre forme de jouissance. C'est au point que toute jouissance phallique, fût-elle purement sexuelle (organique), suppose la médiation du langage. Tandis que de la terra incognita de la jouissance de l’Autre, on ne peut rien en dire parce qu’elle serait le pur fantasme de répondre positivement à la demande maternelle, originelle, et en raison de l’incongruance totale des mots d’avec le corps (on parle bien d'un "langage du corps", pour autant le corps ne se dit pas en mots), obligeant celui-ci à se découper dans la pulsion. De sorte que la jouissance de l’Autre serait tout de même, d’une certaine façon négative, liée au langage, comme une pure jouissance de la langue mais totalement mythique. De même la jouissance supplémentaire (sous sa forme elle-même triple : jouissance féminine, sublimation, jouissance mystique) ne laisse pas de s’appuyer sur le phallicisme, qu’elle suppose par conséquent. Le phallus apparaît, de multiple manières, comme la condition d’existence et de jouissance d’un corps. Jamais le corps n’est posé et pensé, pour lui-même et en lui-même, comme simple jouissance. On en conclut aisément que la jouissance phallique, d’être intermédiaire, est en réalité centrale et la seule pour ainsi dire “effective”.