mardi 30 octobre 2012

Psychopathe

Le terme de "psychopathie" fut surtout employé en psychiatrie pour signaler un "trouble de la personnalité", proche de la " perversion instinctive " de Dupré, apparentant le psychopathe à une espèce particulière de délinquant ou de criminel. C'est l'individu dangereux par excellence. Pendant longtemps, l'école psychanalytique a qualifié cette pathologie de "névrose de caractère " ayant pour origine une carence ou un dysfonctionnement du surmoi. Phénoménologiquement, la psychopathie se révèle par le passage à l'acte et se distingue notamment du délire psychotique. Lacan la définit comme une conduite ne pouvant en aucun cas constituer la structure du sujet ni même indiquer à elle seule une pathologie. Il articule la psychopathie avec le surmoi comme lieu de confrontation du sujet avec la loi, ce qui a pour effet de désocialiser la définition du concept en le recentrant sur le sujet, et en particulier sur la confrontation du sujet avec la castration. Le surmoi, en effet, a cette perversité de vouloir nier la castration en sommant le moi de répondre à ses injonctions, et en le culpabilisant. Du coup, la notion de psychopathie rejoint celle de narcissisme, en tant qu'attitude défensive du sujet face à la castration, et à ce titre concerne tout aussi bien la structure perverse, névrotique, que psychotique. La psychopathie caractérise un moi identifié exclusivement au surmoi ; sa dangerosité dérive du désir d'appliquer une loi strictement punitive, conduisant bien souvent à des violences criminelles. Contrairement à la perversion de structure, la loi-psychopathe ne commande pas seulement la jouissance en tant que sexuelle, la loi commande l'acte et se promulgue précisément à cette occasion, dans cette parousie. Notons que l'acte auto-suffisant, en phase avec le narcissisme foncier du sujet, s'avère à terme auto-destructeur - ce qui ne signifie pas exactement suicidaire. La mort violente et spectaculaire, la mort apocalyptique est l'horizon des agissements du sujet. C'est pourquoi la seule issue vers une non-psychopathie radicale (aussi bien pour lui-même que pour ses victimes potentielles) consiste à incarner la mort, faire le mort pour rendre tout passage à l'acte définitivement obsolète.