jeudi 12 janvier 2012

L'hainamoration du Père

Le Freud de Totem et Tabou inscrit le crime et la haine du père à l'origine même de la société. Il rend également inséparables l'amour et la haine pour ce père, l'un étant inconscient quand l'autre apparaît conscient, et réciproquement. Tout d'abord, les fils meurtriers du père jouisseur auraient transmué la haine, via la culpabilité, en amour et adoration d'une instance idéalisée comme totem et plus tard comme Dieu unique. Au nom du père, ils se seraient ralliés à une loi sociale régulatrice fondée sur l'interdit de l'inceste. On voit comment le lien social est constamment, structurellement sous-tendu par une haine inconsciente du père, par-delà la vulgate d'un contemporain affaiblissement de l'autorité paternelle. On doit reconnaître en même temps la pérennité d'une aliénation religieuse au cœur même du pacte social, du moins en tant qu'il laisse échapper sur le mode symptomatique (et parfois incontrôlable) des manifestations de cette haine primitive. Le culte d'un Dieu bienveillant et tout amour n'empêche pas, on le sait, les déferlements de haine raciste et/ou xénophobe au sein d'une société "civilisée". A tout le moins cela conduit à s'interroger sur l'ambivalence originelle de cette prétendue bonté. La haine inconsciente des fils pour le père, en amont de l'adoration divine, n'aurait-elle pas pour pendant la haine très évidente et très visible de ce Dieu pour ses fils ? N'a t-il pas poussé l'un de ceux-ci (Caïn) à commettre l'irréparable, en détournant son regard de ses oeuvres et en négligeant ses sacrifices, tout en sanctifiant au contraire, de façon injuste et unilatérale ceux d'Abel ? Ce regard n'est-il pas mauvais dès lors qu'il exclut et qu'il divise ; n'est-il pas ambivalent dès lors qu'il "couvre" ensuite littéralement les œuvres c'est-à-dire la descendance (dont nous sommes tous, par conséquent) du meurtrier ?