mercredi 16 mai 2012

Carence du Nom-du-Père et perversion

Comme on le sait, la fonction paternelle est d'articuler le désir et la Loi, afin de préserver intacte la question sur le désir de l'Autre. La mettre en berne, comme le fait le pervers, c'est tuer la question, tuer le manque. Par exemple, on voit s'effectuer le nouage du désir et de la Loi dans la phrase paradigmatique du fantasme "On bat un enfant", où le père a un rôle prééminent. Plus exactement il s'effectue dans le passage de la première phase ("Le père n'aime pas cet enfant, il le bat, il n'aime que moi") à la seconde ("Il me bat"), passage de l'amour du père à l'expression de la culpabilité du sujet, en raison de la relation incestueuse interdite. Si l'on admet avec Lacan que la fonction de Père se ramène, in fine, à celle de symptôme ("sinthome"), non seulement comme effet du refoulement mais comme tentative de renouer symboliquement les fils manquants, on situe la carence chez le pervers d'une telle fonction, puisqu'il se contente d'être un palliatif imaginaire au manque. Généralement le père n'a pas été nommé par la mère, ou plutôt il a été nommé puis aussitôt démenti, et sa parole anéantie. Le père lui-même n'a peut-être pas voulu incarner la fonction, transmettre le Nom, ce qui supposerait l'acceptation de la mort et le renoncement à des formes de jouissances, justement en vue de leur redistribution. Le père étant suspecté (à tort ou à raison) de monopoliser la jouissance et d'exercer une loi arbitraire, il se trouve châtré par la mère qui, de son côté, rabat son désir sur une demande sans cesse réitérée à l'enfant, pure répétition d'un S1 qui sera ensuite matérialisé par le fétiche. En d'autres termes, la perversion apparaît comme une défense, jusque dans ses formes de jouissance les plus débridées - la volonté de jouissance ayant pour fonction d'éteindre le feu de la demande. Comment, à partir du fétiche, incarnation d'une jouissance muette et inerte chez le pervers, ressusciter la fonction symbolique du Nom-du-Père ? Sans doute par le biais d'une nomination poétique du fétiche qui fasse demande de sens, capable d'effacer le non-sens de la demande antérieure.